Le mot « mélanome » recouvre en réalité plusieurs formes de cancer, qui ne se ressemblent pas, ne touchent pas les mêmes personnes et n’évoluent pas au même rythme. Connaître ces différents types aide à comprendre pourquoi certains signes doivent alerter, et pourquoi un examen régulier de la peau reste le meilleur moyen de les détecter tôt.
Qu’est-ce qu’un mélanome ?
Un cancer né des cellules du pigment
Le mélanome est un cancer de la peau qui se développe à partir des mélanocytes, les cellules qui fabriquent la mélanine, le pigment qui colore la peau et la protège des UV. Lorsqu’un mélanocyte se met à se multiplier de façon anarchique, il forme une tumeur, le plus souvent pigmentée (brune ou noire).
Le mélanome représente environ 10 % des cancers de la peau [1], mais c’est le plus grave d’entre eux, car il peut se propager à d’autres organes s’il n’est pas traité à temps. En France, près de 18 000 nouveaux cas ont été estimés en 2023 [1]. Les autres cancers de la peau, les carcinomes, sont bien plus fréquents (environ 90 % des cancers cutanés) [1] et généralement moins graves.
Sur un grain de beauté ou sur une peau saine ?
Contrairement à une idée répandue, la majorité des mélanomes n’apparaissent pas sur un grain de beauté existant : environ 80 % se développent sur une peau saine, sous la forme d’une nouvelle tache [1]. C’est pourquoi il faut surveiller à la fois l’évolution de ses grains de beauté et l’apparition de nouvelles lésions.
Pourquoi distinguer plusieurs types ?
Les dermatologues classent les mélanomes selon leur aspect, leur localisation et leur mode de croissance. Ces différences ont des conséquences pratiques : certains types s’étendent d’abord en surface, d’autres s’enfoncent rapidement dans la peau [1]. Savoir les reconnaître permet de ne pas passer à côté des formes les moins typiques.
Le mélanome à extension superficielle : le plus fréquent
Il représente environ deux tiers des mélanomes [1]. Il est souvent lié à des coups de soleil importants dans le passé.
- Aspect : une tache brune ou noire, aux contours irréguliers et aux couleurs hétérogènes, qui s’étend lentement.
- Localisation : plus souvent le cou et le haut du tronc chez l’homme, le bas des jambes chez la femme [1].
- Évolution : il s’étend d’abord horizontalement, en surface, avant de s’épaissir. Cette phase de croissance en surface peut laisser le temps de le repérer, notamment grâce à la méthode ABCDE.
Le mélanome de Dubreuilh (lentigo malin) : lié au soleil
Le mélanome de type lentigo malin, aussi appelé mélanome de Dubreuilh, touche surtout les personnes de plus de 50 ans et est lié à une exposition répétée aux UV [1].
- Aspect : une tache brune plane, aux nuances variables, qui grandit très lentement [1].
- Localisation : les zones exposées au soleil, en particulier le visage, le cou et le dos des mains.
- Évolution : il peut rester superficiel longtemps et être confondu avec une simple « tache de vieillesse ». Toute tache du visage qui s’étend ou change de couleur mérite donc un avis médical.
Le mélanome nodulaire : la forme la plus rapide
Le mélanome nodulaire est le type dont la croissance est la plus rapide [1]. Il peut apparaître sur n’importe quelle partie du corps, y compris les zones peu exposées au soleil.
- Aspect : un « bouton » en relief, ferme, noir ou parfois couleur chair ou rosé, qui peut saigner.
- Pourquoi il est plus dangereux : il s’enfonce d’emblée en profondeur, sans phase de croissance en surface. Or l’épaisseur de la tumeur est l’un des principaux facteurs de pronostic [2].
- Le piège : il échappe souvent aux critères ABCDE [2], car il peut être symétrique et d’une seule couleur. Ce qui doit alerter, c’est une lésion nouvelle, en relief, ferme et qui grossit en quelques semaines.
À retenir : une lésion en relief qui apparaît et grossit rapidement doit être examinée sans attendre, même si elle n’est pas noire et même si elle paraît régulière.
Le mélanome acral-lentigineux : une localisation particulière
Ce type se rencontre surtout chez les personnes à la peau foncée. Il n’est pas lié à l’exposition aux UV [1].
- Localisation : la paume des mains, la plante des pieds et sous les ongles.
- Aspect : une tache sombre et plane, puis parfois un nodule. Sous l’ongle, il peut prendre l’aspect d’une bande brune ou noire qui s’élargit.
- Difficultés de diagnostic : ces zones sont rarement examinées, et la lésion peut être confondue avec un hématome ou une verrue plantaire. Pensez à inclure la plante des pieds et les ongles dans votre auto-examen.
Les mélanomes non cutanés : œil et muqueuses
Le mélanome ne touche pas que la peau : les mélanocytes existent aussi dans d’autres parties du corps.
- Le mélanome de l’œil (ou mélanome uvéal) peut se développer dans la partie pigmentée de l’œil. Il peut être découvert lors d’un examen ophtalmologique ou à cause d’un trouble de la vision.
- Les mélanomes des muqueuses (bouche, fosses nasales, zone génitale ou anale) peuvent passer inaperçus longtemps, car ils sont peu visibles.
Ces formes relèvent d’une prise en charge spécialisée, différente de celle des mélanomes de la peau.
Les facteurs de risque
Certains facteurs augmentent le risque de développer un mélanome, quel que soit son type [2] [3] :
- l’exposition aux UV, naturels ou artificiels (cabines de bronzage), en particulier les coups de soleil dans l’enfance ;
- une peau claire qui brûle facilement, des cheveux roux ou blonds (voir notre article sur les phototypes) ;
- un grand nombre de grains de beauté (plus de 50) ou des grains de beauté atypiques ;
- des antécédents personnels ou familiaux de mélanome ;
- une immunodépression.
Une partie des mélanomes présentent aussi une modification génétique dans la tumeur, comme une mutation du gène BRAF. Elle peut être recherchée pour orienter le choix du traitement.
Comment reconnaître un mélanome ?
La méthode ABCDE reste la référence : Asymétrie, Bords irréguliers, Couleur hétérogène, Diamètre supérieur à 6 mm, Évolution. Elle se complète par le signe du vilain petit canard : un grain de beauté qui ne ressemble pas aux autres doit attirer l’attention.
Selon le type de mélanome, d’autres signes comptent :
- une lésion en relief qui grossit vite, même régulière (mélanome nodulaire) ;
- une tache du visage qui s’étend lentement (mélanome de Dubreuilh) ;
- une bande sombre sous un ongle ou une tache sur la plante du pied (mélanome acral) ;
- une nouvelle lésion apparue à l’âge adulte.
En cas de doute, consultez un médecin : seul un examen permet de conclure.
Diagnostic : comment confirme-t-on un mélanome ?
Examen clinique et dermoscopie
Le médecin examine l’ensemble de la peau, puis observe chaque lésion suspecte au dermoscope, un instrument grossissant qui révèle des structures invisibles à l’œil nu.
Exérèse et analyse
Si la lésion est suspecte, elle est entièrement retirée (exérèse) et analysée au microscope par un médecin anatomopathologiste. Seule cette analyse confirme le diagnostic [2]. Elle mesure aussi l’épaisseur de la tumeur, appelée indice de Breslow, et recherche une ulcération : ce sont les deux principaux critères de pronostic [2].
Bilan d’extension
Selon l’épaisseur et les caractéristiques de la tumeur, des examens complémentaires peuvent être réalisés pour vérifier si le cancer s’est propagé, notamment aux ganglions lymphatiques les plus proches (technique du ganglion sentinelle). Ces éléments déterminent le stade du mélanome.
Les traitements en bref
Le traitement dépend notamment de l’épaisseur et du stade du mélanome. Son choix est discuté lors d’une réunion entre plusieurs médecins spécialistes [4], et relève de l’équipe médicale.
- La chirurgie est le traitement principal [4] : une seconde exérèse, plus large, est en général réalisée autour de la cicatrice pour limiter le risque de récidive [2].
- Les traitements médicamenteux, immunothérapie et thérapies ciblées [4], peuvent être proposés pour les mélanomes avancés, ou après la chirurgie chez certains patients à haut risque de récidive. Les thérapies ciblées concernent les mélanomes porteurs d’une mutation BRAF.
Après le traitement, un suivi est mis en place à vie [4].
Le pronostic : pourquoi la détection précoce change tout
Tous stades confondus, la survie nette à 5 ans après un mélanome est de 93 % [1]. Mais elle dépend avant tout de l’épaisseur de la tumeur et de la présence d’une ulcération au moment du diagnostic : pour un mélanome sans métastase, la survie à 5 ans va de 95 % pour une tumeur fine et non ulcérée à 45 % pour une tumeur épaisse et ulcérée [2].
C’est tout l’enjeu du dépistage : repérer la lésion pendant qu’elle est encore superficielle.
Prévention et surveillance : les bons réflexes
- Protégez-vous du soleil : ombre, vêtements couvrants, crème solaire, et pas de cabines UV. Retrouvez nos conseils sur les risques du soleil et des UV.
- Examinez votre peau régulièrement, de la tête aux pieds, ongles et plantes de pieds compris.
- Faites-vous suivre si vous avez des facteurs de risque : un auto-examen tous les trois mois et un examen par un dermatologue une fois par an sont recommandés [3].
Dans nos centres, un médecin formé au dépistage des cancers de la peau examine l’ensemble de votre peau et toutes vos lésions au dermoscope, avec une cartographie corporelle totale pour comparer vos grains de beauté d’une visite à l’autre. En cas de lésion suspecte, nous organisons votre orientation vers notre réseau d’onco-dermatologues et de chirurgiens.
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Questions fréquentes sur les types de mélanomes
Peut-on avoir plusieurs mélanomes ?
Oui. Un antécédent personnel de mélanome est l’un des principaux facteurs de risque [2] : après un premier mélanome, le risque d’en développer un autre est plus élevé. C’est l’une des raisons du suivi à vie [4].
Le type de mélanome influence-t-il le pronostic ?
En partie. Le mélanome nodulaire est plus redoutable car il s’épaissit vite, alors que le mélanome de Dubreuilh évolue lentement. Mais quel que soit son type, l’épaisseur de la tumeur et l’ulcération au moment du diagnostic restent les principaux critères de pronostic [2].
Tous les grains de beauté peuvent-ils devenir des mélanomes ?
Non. La plupart des grains de beauté restent bénins, et environ 80 % des mélanomes apparaissent sur une peau saine [1]. Surveillez vos grains de beauté et faites examiner ceux qui changent : c’est au médecin de décider si l’un d’eux doit être retiré.
Comment différencier un grain de beauté d’un mélanome débutant ?
Appliquez la méthode ABCDE et le signe du vilain petit canard, et soyez attentif à tout changement. Un mélanome débutant ne fait généralement pas mal : c’est son aspect et son évolution qui doivent alerter. Seul un examen médical permet d’évaluer la lésion, et seule une analyse en laboratoire, après retrait, confirme un diagnostic [2].
Existe-t-il des mélanomes sans couleur ?
Oui. Certains mélanomes, dits achromiques, sont peu ou pas pigmentés [2] : ils peuvent être roses ou couleur chair. Ils sont plus difficiles à reconnaître, d’où l’intérêt de faire examiner toute lésion nouvelle qui grossit, même si elle n’est pas pigmentée.
Sources
- Institut national du cancer (INCa), Mélanome de la peau : développement et types, cancer.fr.
- Haute Autorité de Santé (HAS), Stratégie de diagnostic précoce du mélanome, recommandation en santé publique, 2006 (has-sante.fr).
- Institut national du cancer (INCa), Mieux se protéger du soleil, cancer.fr.
- Institut national du cancer (INCa), Mélanome de la peau, cancer.fr.






